Je suis... (4) : le héros d'un destin
- sarahhirschmuller
- 21 mai
- 2 min de lecture

Ici se tarissent les explications, les modèles, et s'ouvre le mystère de la grande énigme que chacun est à soi-même.
Pourquoi la vie m'oppose-t-elle toujours les mêmes obstacles ? Pourquoi suis-je moi, et non mon frère ? Pourquoi suis-je née ici, à cette époque, dans ce pays ? Que veut dire vivre, sachant que je vais mourir ? À quoi puis-je ou dois-je m'employer ? Qu'est-ce que l'amour ? La liberté ? Où est le sens ?
Si notre survie immédiate dépend étroitement des ressources matérielles que nous parvenons à nous procurer, notre vitalité profonde est sous-tendue par les réponses que nous parvenons à donner, ou non, à ces questions. Que l'on soit croyant, athée, agnostique n'y change rien : à la question "qui suis-je", aucune réponse n'est jamais la dernière. On peut même dire qu'une vie humaine est traversée de crises et de métamorphoses autour des réponses successives que nous devons apporter à cette question pour... rester vivants.
Pour éprouver cette question et la mettre en jeu dans l'expérience, nous empruntons les chemins de sens que d'autres ont balisés avant nous ; nous nous essayons à ce qui est réputé avoir du sens selon notre culture – être créatif ? Réaliser ses rêves ? Connaître un grand succès économique ? Ou un grand succès d'estime ? Venir en aide à son prochain ? Ou venir en aide à soi-même ? La liste serait longue, elle est en droit infinie. Mais ultimement, le coeur de notre raison d'être et de notre besoin d'être est inconnu de nous, et de tous. Le chemin pour s'y rendre également. C'est toute la difficulté.
Cette question nous oblige à interroger notre singularité la plus profonde, la plus exclusive. C'est le domaine de l'ultra-intime, que certains explorent par la création, d'autres par la méditation, d'autres par le sport et l'intensité silencieuse de l'effort, d'autres encore par la prière. Étrangement, les hommes vont parfois très loin pour sonder ce "coeur de leur coeur" : ils vont jusqu'à fouiller le ciel, scruter les étoiles, interroger les astres ! Trouver le sens de notre destin personnel semble impliquer de chercher notre place et notre rôle au sein d'un plus grand tout. Un toujours-plus-grand-tout, pourrait-on dire, qui va s'élargissant : de notre famille d'origine à notre famille de coeur, à notre société, au pays dans lequel nous vivons, aux pays où nous rêverions de vivre , à l'ordre des vivants, à la planète tout entière... et plus, si affinités.
La psychothérapie a-t-elle ici encore un rôle à jouer ? Oui, certainement, même si, à ces confins du développement personnel, plus aucune technique n'est vraiment de mise. Pour le thérapeute, se faire l'interlocuteur tiers de ce dialogue ultra intime entre vous et vous-même est un exercice délicat et paradoxal. Cela suppose un mélange de présence et d'effacement, de répondant et de silence – un genre de "tact" qui ne vise plus à réparer, apaiser, redynamiser... mais seulement à nous rendre attentifs ensemble à ce qui, de vous, est en train d'advenir.


